Notre tansat commence à Mindelo par une minutieuse préparation de SEA YOU. Tout l’équipage met la main à la patte. Contrôle des parties immergées, du secteur de barre, du pilote automatique, des pompes de fond de cale, du gréement, des voiles. Chaque poulie, mousqueton, manille, est contrôlé, graissé, sécurisé. Olivia s’occupe activement à remplir les soutes de conserves, de féculents en grande quantité, et d’un maximum de produits frais. Révision complète du moteur, pleins d’eau et de gasoil. Le bateau et l’équipage est fin prêt pour le départ. Jean-François et Nathalie des amis expérimentés qui sont par hasard de passage à Mindelo à ce moment-là nous prodiguent conseils et astuces aussi bien pour la préparation que pour la transat elle-même. Merci beaucoup à tout les deux, nous sommes partis grâce à vous très sereinement.

Le départ

Nous sommes gonflés à bloc pour faire une belle transat. SEA YOU l’a déjà faite il y a 2 ans en 14 jours, et tout l’équipage veut faire au moins aussi bien 😊.

Nous surveillons la météo pour nous élancer au bon moment. Nous attendons donc patiemment sous l’île de Santo Antão 1 jours et 2 nuits. Au grand drame de la partie féminine de l’équipage, j’en profite pour une modification de coiffure radicale :). C’est de loin notre pire mouillage depuis notre départ. Mouillés par près de 30 mètres de fond, avec une houle de travers de près d’un mètre par moment, nous dansons d’un bord sur l’autre sur notre ancre.

Nous sommes d’autant plus heureux d’appareiller le samedi matin.
Après 30 min de moteur, le vent se lève, et c’est parti ! On envoie toute la toile. Avec 20 nœuds de vent par le travers, SEA YOU est lancé comme une bombe à travers l’atlantique. Il fend les vagues à près de 8 nœuds de moyenne, et ce pendant les 72 premières heures. Nous avons beaucoup allégé l’avant du bateau et cela améliore considérablement la confort à bord. Le bateau glisse admirablement, sans à-coup.

La route

Au bout de 3 jours de route directe vers la Martinique, le vent tourne progressivement vers l’arrière. Nous passons le pilote en mode régulateur d’allure et nous nous callons à 160 degrés du vent. En ciseaux, génois tangoné coté au vent, grand-voile avec retenue de bôme sur l’autre bord. Le frein de bôme Walder est aussi très rassurant. Un enfant ne risque pas de passer à l’eau suite à un empannage intempestif. La première nuit de vent arrière, nous faisons empanner SEA YOU 4 ou 5 fois, pour rester toujours sur le bord favorable. A chaque fois la manœuvre est physique, longue et fastidieuse. Le capitaine ne dort pas beaucoup… Mais à ce rythme-là, je ne tiendrai pas jusqu’au bout de la transat. Nous restons donc ensuite à 160 degrés du vent tribord amure. Cela nous fait au début descendre plus au sud de la route directe, mais au fur et à mesure notre trajectoire se redresse et nous finissons la transat toujours sur la même allure en face de la Martinique. Le vent faiblissant un peu les derniers jours, nous avons le plaisir de pouvoir sortir durant quelques après-midi notre spi de 150 m².

La vie à bord

Avant d’arriver au rythme de croisière, nous essuyons quelques jours de grosse tension nerveuse à la tombée du jour. A partir de 17h c’est le branlebas pour préparer la nuit. Toilette, diner, rangement du bateau. La pression monte dangereusement avec le soleil qui se couche. Il y a pas mal de choses à faire avant la nuit, vaisselle, brossage des dents, les petits à coucher etc…et peu de place pour accomplir chacun notre devoir sans nous gêner. Du coup, le ton monte, les plus sensibles et nerveux s’échauffent, crient ou hurlent, insultent tout le monte, claquent les portes…un vrai bonheur ! Le schéma se reproduit chaque soir, jusqu’à ce que nous instaurions l’histoire audio pour les 4 plus jeunes. C’est quasi magique, tout le monde se calme avant d’aller se coucher. Nous parvenons même à avoir un petit temps privilégié dans le cockpit, Olivia et moi, avant le premier quart.

Nous vivons en même temps que le soleil. Pour gérer le décalage horaire, nous décalons nos montres d’une heure tous les 4 jours. Les plus jeunes se réveillent vers 6h. Nous attendons ensemble le lever du soleil. Pour Augustine Zélie et Ysance c’est un moment privilégié avec leur papa.

Les jours s’écoulent tranquillement, mais sans vraiment de temps mort. Quand il y a un peu de temps libre, il faut en profiter pour récupérer, se reposer. Vers 19h le silence règne sur SEA YOU. Le premier quart est pris à 20h.
Durant la journée, les occupations oscillent entre le travail (un peu pour les grandes), lecture, pêche (Daurades, Bonites, Barracudas), playmobils ou bricolages, cuisine (dont une excellente tartiflette !!) ou sport sur la plage avant.

L’arrivée

A quelques jours de l’arrivée, nous commençons à croiser des bancs de sargasses. Une nuit vers 3h du matin, le bateau est tellement chargé de ces algues coincées sous la coque que nous devons arrêter le bateau et faire une marche arrière pour nous dégager.
Nous sommes rattrapés aussi par quelques petits grains qui pendant 10-15 minutes nous donnent de la pluie et un vent puissant.

En approchant de la Martinique, au lever du jour, nous voyons au loin un bateau qui nous semble arriver aussi du cap vert. Ce sont nos amis belges de Maracuja qui sont partis quelques jours avant nous. Nous cavalons pour les rattraper. SEA YOU ne fini pas loin, mais le virement complètement raté autour de l’ilet Cabrits nous fait perdre beaucoup de temps.

Nous sommes très fiers de notre transat que nous aurons réalisée en 12 jours et quelques heures.

– Vincent